Le premier livre où j’ai appris des bases sur le dessin
Les premiers livres d’apprentissage sur le dessin sont importants. Car comme on les lit jeune, leurs conseils s’impriment fortement dans la mémoire. Et je vous parle d’un temps où il n’y avait pas de tutos facilement disponible. L’intérêt d’un livre dans un apprentissage artistique est qu’il impose un cheminement voulu par l’auteur. On zappe moins facilement que d’une vidéo à l’autre.
Et comme ces premiers livres pour apprendre à dessiner sont importants, c’est aussi l’une des raisons qui m’ont poussé à en écrire : )
Une fois passé le temps des coloriages…
Car, comme vous, j’ai fait ces dessins où les couleurs sont numérotées. Je crois qu’il y en avait beaucoup dans les BD “poches” (Celles de Pif le Chien par exemple, et dans les fameux “cahiers de vacances”). Mais ces coloriages n’apprennent pas grand chose sur le dessin et l’école en primaire non plus…
… est venu le temps d’un premier livre, “Peindre et Dessiner”, Nathan.
Un livre de …1965 ! Toutes les images sont tirées du livre FERNAND NATHAN dans cette section.
J’avais donc 3 ans quand ce livre est sorti, mais mes parents me l’ont acheté plus tard. Je me rappelle que la double page d’ouverture, une gouache bien réalisée, me fascinait et me donnait envie d’avoir tout ce matériel :
Un travail à la gouache très propre. Image Fernand Nathan.
Ce livre présentait régulièrement des images de grands artistes sur la page de droite, ce qui était une bonne façon d’ouvrir la curiosité du jeune lecteur, de la peinture asiatique à Michel-Ange. Cela pouvait d’ailleurs être assez impressionnant sur le chemin à parcourir ! Mais je sais que l’on apprend à dessiner aussi en regardant le travail des autres, c’est vital, indispensable et à tout âge.
“Le pinceau magicien”, oui, on a parfois l’impression de faire de la magie, de créer la vie en dessinant… parfois…
Et je découvre mes premières notions de perspective et de proportions
Je pense que le chapitre sur la composition ne m’a pas beaucoup parlé à l’époque. Mais c’est dans ce livre que j’ai vu les premières notions sur la perspective. Qui vont être complétées par le livre suivant. Quand je vois en tant que prof la difficulté qu’on les gens à comprendre les règles de la perspective… Et je peux même dire les GROSSES difficultés, je ne regrette pas d’avoir pu en apprendre les bases assez jeune, à un âge où l’aspect (un peu) mathématique de la perspective ne rebute pas plus que ça. J’ai tenté dans mes deux livres d’être le plus clair possible sur les explications sur la perspective, et j’ai aussi fait un cours complet de trois heures sur LinkedinLearning, avec animation 3D. Je vous le conseille si vous voulez vraiment pouvoir gérer le dessin d’espace sans difficultés.
Un petit encadré qui m’ouvre à la compréhension de la perspective.
Premières notion de proportions…
… et premiers soucis
Le problème avec les “équations”, les règles, en dessin :
Ce que j’appelle ici équations, on pourrait aussi dire “trucs”, c’est de donner des astuces, des façons de faire un peu trop automatiques.
Ici on suggère d’inclure la représentation d’une tête humaine dans celle d’un œuf. Mais la tête humaine est beaucoup moins lisse, il y a des angles, des zig-zags sur un profil.
Extrait de “ON VEUT TOUT DESSINER”
Et encore, sur mon schéma les angles sont relativement peu prononcés. Ils pourraient l’être bien davantage en fonction des caractéristiques, y compris géographiques.
C’est souvent le souci lorsque l’on fait de la pédagogie : on peut utiliser une certaine simplification, qui a son intérêt, mais cette simplification, cette “équation” nous marque profondément dans le cerveau et nous appliquons systématiquement cette “vérité”. Alors qu’il y a une diversité bien plus riche dans la nature.
Ici, le fait de lisser la construction d’une tête sur la forme d’un œuf, n’est pas une bonne idée. D’ailleurs la photo de l’œuf avec le visage dessiné a déjà peu de rapport avec les dessins du dessous.
En tant que prof, j’ai vu avec des manuels sur le Manga le même genre de souci : à force d’indiquer des proportions hyper codifiées, cela bloque beaucoup de débutants en dessin. Car ils finissent par appliquer sans arrêt les mêmes “recettes”, sans même se rendre compte que ces dessins se ressemblent tous.
Mesurer avec un œil fermé
L’autre “truc” avec lequel j’ai eu du mal, et pourtant je l’ai vu souvent, c’est de mesurer avec un crayon tenu à bout de bras, et un œil fermé.
Mesurer avec un oeil et un repère. Extrait du livre de Fernand Nathan
Je crois que je découvrais les maths modernes quand j’avais reçu ce livre, et ça ne se passait pas très bien. Et ce “truc” de dessinateur de mesurer avant de dessiner m’énervait au plus haut point !
Il a fallu que je lise, bien plus tard, les livres de Betty Edwards (dont je vais vous parler) pour en comprendre l’intérêt.
En résumé :
Un livre qui présentait des bases intéressantes
Un parcours pédagogique assez complet sur les bases, la ligne, la composition, la couleur, etc.
Une juxtaposition de ces bases avec les oeuvres de grands artistes, parfait pour développer une curiosité artistique
Certaines explications sont un peu trop rapides (comme celles sur la perspective), mais on ne peut pas dans un nombre restreint de pages être complet sur chaque sujet.