Richard Corben
Il y a deux catégories d’artistes. Certains ont vraiment des facilités énormes dès le départ. Ce que l’on appelle souvent le “don”. Ce n’est pas le cas pour la majorité, mais c’est évidemment impressionnant. D’autres ont beaucoup, beaucoup, beaucoup travaillé pour s’améliorer. C’est le cas de Richard Corben.
J’ai découvert ses bd, et ses illustrations, lorsque les revues Creepy, Eerie et Vampirella étaient publiées en France. Pendant des années Corben a fourni des couvertures à ces revues et de nombreuses histoires, en noir et blanc ou couleur. Vous pouvez les retrouver compilées (et en français) chez l’éditeur Delirium qui publie aujourd’hui la plupart du travail US de l’auteur américain, grand prix d’Angoulême.
Les éditions françaises des publications Warren (Creepy, etc.) n’étaient pas toujours de qualité. Le matériel graphique d’origine était peut-être difficile à obtenir ? Mais je me rappelle très bien avoir été impressionné par la première histoire de Corben que j’ai lue. Elle était bizarre, tordue au niveau narratif et le dessin m’a fortement marqué.
Extrait de la très belle compilation des éditions Délrium “EERIE et CREEPY Intégrale Richard Corben”.
L’histoire est présentée par l’oncle Creepy et un autre personnage tout aussi monstrueux accompagne la première page.
“EERIE et CREEPY Intégrale Richard Corben”- Ed. Delirium
Comme la plupart des histoires publiées dans Creepy, nous sommes dans du noir et blanc. Et ces revues d’horreur étaient de vrais laboratoires de recherche pour les talentueux bédéistes qui y publiaient. Il y avait beaucoup d’expérimentations. Nous avons plus exactement ici du noir, du blanc et beaucoup de gris. Au lieu de travailler les gris par hachures, ici ce sont des tons continus, des dégradés.
Et l’on constate que Corben travaille l’éclairage de façon très complexe, mais lisible. Richard a fait beaucoup de modelage, de photos et ce goût de la 3D vient peut-être de là. Il y a la volonté de faire sortir et même jaillir les personnages hors des cases, hors de la page.
On voit que pousser le dessin de monstres plaît à l’artiste, avec un aspect “grotesque” (voir ma vidéo). Mais qu’il prend soin également de travailler les ligaments et les veines du bras de façon très réaliste.
Dans la case suivante on voit l’une des caractéristique de Corben : Il passe à un dessin très réaliste pour l’homme, tandis que la femme a un aspect plus cartoon
“EERIE et CREEPY Intégrale Richard Corben”- Ed. Delirium
Notez la façon dont l’ombre est gérée sur le visage de l’homme. C’est un effet de photo que l’on appelle solarisation. C’est extrêmement osé de tenter cela, et tout au long de ses centaines de pages de bd Corben va souvent faire des clairs obscurs de folie !
“EERIE et CREEPY Intégrale Richard Corben”- Ed. Delirium
Dans la dernière case que je vous extraie de cette histoire, Corben fait aussi quelque chose “que l’on ne fait pas”. En Bd on évite de dessiner l’impact de façon arrêtée, on préfère dessiner le résultat de l’impact. Comme dans ce dessin de boxe. L’impact c’est l’étoile, mais on montre la force du coup par le recul du visage du boxeur qui a reçu l’uppercut.
Dessin Jean-Paul Aussel