La Perspective
Et si l’on commençait par le sujet qui fâche ? cette ##/ˆš de perspective !
Dans mon enseignement, je pense qu’il y a trois domaines où les élèves s’arrachent souvent les poils (de pinceau) :
La perspective
La couleur
Les ombres
Quand on évoque la perspective, on pense tout de suite aux maths. Ce n’est pas tout à fait faux, mais c’est plus subtile que cela. Oui, dessiner une perspective entièrement juste peut passer par beaucoup de traits à tracer en suivant des principes assez stricts. Mais il faut d’abord se poser les bonnes questions.
Je voudrais ici surtout vous aider à bien comprendre de quoi il s’agit. Ce n’est pas un cours, mais je vous mettrais quelques vidéos.
Un cours très complets si vous le désirez :
Je ne pensais pas que la “pers” comme on dit entre dessinateurs, soit si difficile à appréhender pour beaucoup de gens. J’ai produit un cours vidéo de 3 heures, avec la plateforme Linkedin Learning. Vous avez ici vraiment toutes les bases intellectuelles et pratiques pour que ce domaine du dessin ne soit plus une énigme pour vous. J’ai pris grand soin de tout expliquer, y compris les erreurs courantes dans ce domaine. Et maintenant, continuons sur le sujet…
Quel est le but de la perspective ?
Nous prendre la tête ! Mais non… Pendant des siècles, lorsque l’on représentait sur un support plat (feuille, toile de peintre) l’espace qui nous entoure et dans lequel nous vivons, donc avec trois dimensions, largeur, profondeur et hauteur, on faisait… n’importe quoi.
La perspective a pour but de représenter l’espace 3D sur un support plat. En quelque sorte “d’écraser” trois dimensions pour n’en garder que deux. Et ce n’est pas facile en effet. Les dessinateurs ont eu beaucoup de mal à résoudre cette “équation”.
Voici des exemples sur des miniatures du Moyen Age :
Soit on ne savait pas construire les meubles, soit on ne savait pas les dessiner
Très compliqué le dessin des briques et des rebords de la fenêtre… Mais, du moment que la harpe est accordée, tout va bien.
On trouve les mêmes erreurs dans des peintures romaines ou grecques. Et pourtant les statues, les cathédrales sont parfaitement construites. Ce qui prouve qu’il est plus facile de manipuler le monde en 3D que de le représenter.
Et j’aime beaucoup cette dernière enluminure : si vous regardez bien, on voit que l’artiste n’a pas hésité à montrer les deux côtés du toit sur lequel travaillent les ouvriers (j’espère qu’ils étaient bien attachés).
Il y a aussi un souci de proportion entre la taille des personnages et celle du bâtiment.
Les enfants et la perspective
En fait, jusqu’à la Renaissance, les artistes de l’image (qui ne signaient pas et se considéraient plutôt comme des artisans) dessinaient comme les enfants. C’est à dire que leur but étaient de transmettre une information, pas de réaliser une image “en trompe l’œil”.
L’enfant qui a dessiné le vélo sur la route a raisonné ainsi : je marche SUR la route, je la vois de dessus, par contre je vois le cycliste de profil. Et le dessin fonctionne au niveau de l’information, on comprend ce qui se passe. Même si ce n’est pas ainsi que nous voyons “réellement” les choses.
Wiki Commons
C’est quelque chose que j’ai souvent dit aux apprenants : il a fallu attendre des siècles pour que l’on découvre (ou que l’on “invente” ?) les règles de la perspective, donc, si son apprentissage demande un peu de temps, c’est tout à fait normal.
Une vidéo pour revenir sur toutes ces notions autour de la représentation de l’espace :
La perspective est-elle un système parfait ?
Là aussi, ce que j’ai souvent dit (être prof, c’est se répéter) c’est que la perspective est comme la démocratie. Un système qui n’est pas parfait, mais on n’a pas trouvé mieux !
Nous ressentons l’espace de différentes façons.
Avec nos DEUX yeux
Avec la perception de l’atmosphère. Selon que le temps est sec ou chargé d’humidité, notre vision des plans éloignés est plus ou moins nette
Avec nos oreilles, car le son nous donne des informations
De la vitesse à laquelle nous nous déplaçons
Et même avec notre odorat. L’odeur forte d’un champ de lavande nous donne le sentiment que nous en sommes proches (idem pour un camembert bien fait)
Le point le plus crucial est que nous voyons avec deux yeux. Et que notre champ de vision est net pour ce qui est en face de nous, mais ensuite de plus en plus flou. Comme on le voit dans cette image un peu caricaturale de la vision d’un automobiliste à 40km/h.
Vous avez déjà vu un film en 3D j’imagine. Certes on voit en relief. Mais pour autant l’on a pas le sentiment d’être devant quelque chose de réel.
On fait le point ? (mais pas encore le point de fuite)
Notre ressenti de l’espace 3D qui nous entoure est complexe
Représenter cet espace sur un support plat est obligatoirement un compromis qui ne peut pas être parfait
Il est normal de passer du temps à comprendre les règles de perspective
Est-ce qu’avec les règles de perspective on peut tout représenter ?
J’ai fait un exercice pour demander aux élèves de retrouver les lignes de fuite, la ligne d’horizon sur des photos. J’avais régulièrement des traits posés sur des montagnes, des rivières. Des traits fantaisistes…
Voici une vidéo qui en parle, extraite de mon (excellent bien sûr) cours de 3 heures sur la perspective :
Car les règles de perspective s’appliquent pour les constructions humaines. Elles ne sont d’aucune utilité pour peindre un paysage, un bouquet de fleurs, ou le portrait de votre cher neveu. Quand vous dessinez, vous cherchez à représenter la profondeur. Celle-ci va se faire ressentir par le choix des couleurs, la netteté ou le flou des détails.
En fait, vous cherchez à tromper l’œil des observateurs de vos dessins. Leur faire croire qu’ils ne regardent pas une feuille avec du gris et des couleurs, une feuille plate, mais qu’ils sont face à la “réalité”. D’ailleurs faites un dessin hyperréaliste d’une souris, ou même montrez une photo de celle-ci à votre chat, le résultat sera au mieux un bâillement. Car votre chat voit la vraie réalité : une feuille plate avec des couleurs. Et ça n’offre aucun intérêt à un félin.
Des notions essentielles mais pas toujours bien nommées
La ligne d’horizon
C’est embêtant d’avoir choisi ce nom. Car cela donne le sentiment d’une ligne fixe. Si je parle du sommet de la montagne, on sait qu’il y en a un. C’est un repère fixe, à une certaine altitude. Si je suis face à la mer, je vois cette fameuse ligne d’horizon qui me semble fixe.
Mais c’est faux. La ligne d’horizon est déterminée par la hauteur de mes yeux. Si je m’assoie, cette ligne bouge vers le bas. Si je suis dans une chambre en haut d’un hôtel face à la mer, cette ligne est tout à coup plus haute. Donc pensez toujours que la ligne d’horizon est une ligne qui n’est pas fixe comme le sol, mais uniquement déterminée par la position des yeux.
La perspective à 2 points de fuite
Dans cette vidéo, je vous explique l’essentiel du principe de perspective. J’ai choisi celle à deux points de fuite, car c’est la plus utilisée dans le dessin.
3 points de fuite
Bien sûr dans mes livres et mon cours vidéo j’aborde la plus simple des perspective, celle avec UN SEUL point de fuite. Qui n’est pas celle la plus naturelle, à cause de son aspect trop centré. Mais je vous montre ici le principe du dessin d’un cube en perspective. Pour avoir corrigé des centaines d’élèves s’y confrontant, c’est loin d’être si simple que cela. Mais quand c’est maîtrisé vous avez déjà fait un pas de géant ou de géante.
J’espère vous avoir aidé et peut-être donné envie d’en apprendre plus avec mes livres et cours.
Pour finir, il y a bien sûr des logiciels comme Sketchup qui deviennent vite indispensables dès que l’on veut créer des perspectives complexes. Mais il me semble que même si un logiciel “ne peut pas faire d’erreur de perspective”, il me semble difficile de bien s’en servir si l’on a pas compris les principes, la “philosophie” de la construction dessinée de la perspective.